Le 12 Octobre dernier, les camerounais se sont rendus aux urnes dans une atmosphère mêlant ferveur citoyenne et vigilance démocratique. Dans les rues de Yaoundé, Douala, Garoua, Bafoussam, les files d’attentes devant les bureaux de vote témoignaient d’un peuple résolu à faire entendre sa voix. Malgré quelques irrégularités signalées par des observateurs nationaux et internationaux, le scrutin s’est déroulé dans un calme relatif, salué par plusieurs missions diplomatiques. Seulement à peine 48h de la sortie des bureaux de vote, le candidat de l’opposition, ancien ministre du système Issa Tchiroma Bakary a publié une vidéo dans laquelle il se félicitait de manière à peine voilée être le vainqueur de cette élection. Entre attente et tensions, les camerounais feront-ils preuve de maturité comme d’habitude pour éviter de sombrer dans une crise post-électorale qui semble être bien planifiée certains ?
Dès la soirée du vote, le premières tendances officieuses ont commencé à circuler, alimentant les espoirs des uns et les craintes des autres. Les réseaux sociaux, devenus le principal canal d’expression populaire, ont relayé des résultats affichés localement ou ceux de certaines chancelleries camerounaises à travers le monde, souvent en faveur du candidat Issa Tchiroma Bakary, figure devenue incontournable de la scène politique camerounaise, et certaines tendances également en faveur du candidat sortant Paul BIYA, président du parti au pouvoir RDPC qui a un avantage territorial d’être représenté dans la quasi majorité des localités du pays. Face à cette effervescence, le silence du Conseil Constitutionnel s’est imposé comme un vide assourdissant. Pendant près de 72 heures, aucune communication officielle n’a été faite. Seule la récente sortie pré-électorale du Ministre de l’Administration Territoriale Paul Atanga Nji mettant en garde tout candidat qui se mettrait dans une posture autre celle prévue par la loi, reste dans les mémoires. Le délai légal de 15 jours pour proclamer les résultats prévu par la Constitution, est devenu un espace de spéculation, d’inquiétude et de mobilisation. Tandis que les médias traditionnels adoptent une posture prudente, les plateformes numériques s’enflamment, donnant lieu à des débats passionnés, parfois polarisés.
Dans ce climat d’incertitude, les voix se sont multipliées. Issa Tchiroma Bakary a revendiqué une victoire populaire sans chiffres consolidés à l’appui, appelant le Conseil Constitutionnel à respecter la volonté d’un peuple qui dans la majorité au regard de la vingtaine de millions en âge de voter, reste toujours éloigné des questions politiques et des urnes malgré la huitaine de millions d’inscrits effectifs sur les listes électorales. Des leaders d’opinion, artistes, intellectuels et membres de la société civile ont exigé plus de transparence. La diaspora camerounaise, elle aussi plus mobilisée pour des marches controversées sur des territoires étrangers et sur les réseaux sociaux, ne représentait même pas 2% de l’électorat au final. Ces boucantiers compulsifs pour la plupart qui ne se sont pas effectivement inscrits sur les listes électorales pour manifester plutôt dans les urnes que les rues des villes sur des territoires à autrui, ont organisées des veillées citoyennes à Paris, Bruxelles, Montréal traduisant une inquiétude qui ne pourrait avoir un véritable impact sur l’ensemble des suffrages valablement exprimés à cette élection. Sur le terrain, des rassemblements spontanés ont eu lieu dans plusieurs villes notamment à Garoua, Douala et Bamenda. Les forces de sécurité ont ont été déployées, parfois en mode dissuasif, dans une logique de prévention d’éventuels débordements. Le spectre d’une confrontation directe entre manifestants et autorités planait, sans toutefois se concrétiser. Face à cette montée de tensions, les institutions camerounaises ont été scrutées avec une attention particulière. le Conseil Constitutionnel qui incarne l’arbitre suprême du processus électoral entend proclamer les résultats définitifs dans les délais impartis prévus par la loi et le gouvernement quant à lui est resté discret, seuls quelques ministres qui ont l’habitudes de partager des avis sur les réseaux sociaux ont multiplié des appels au calme et à la patience. L’armée silencieuse mais omniprésente, est apparue comme un acteur latent de la stabilité nationale.
Sur la scène internationale, les réactions ont été mesurées mais significatives. L’union Africaine a appelé au respect des procédures constitutionnelles, tandis que plusieurs chancelleries occidentales ont exprimé leur préoccupation face à l’absence de résultats officiels. Certains médias internationaux ont commencé à couvrir la situation, soulignant au passage les enjeux démocratiques et les risques de dérapage. Le 27 Octobre prochain, date limite pour la proclamation officielle des résultats, s’ impose comme une échéance cruciale. Au fur et à mesure que les jours passent, les heures s’égrainent, le pays retient son souffle. Les rues sont calmes mais les esprits en ébullition au regard de la situation économique précaire de la majorité des camerounais.
Au terme de ces quinze jours qui s’annoncent cruciales, le Cameroun se retrouve à la croisée des chemins. Au delà des résultats électoraux attendus, c’est la confiance dans les institutions, la capacité de faire bouger les choses de manière positive entre les lignes et la résilience citoyenne qui sont mis à l’épreuve. Cette transition incertaine pourrait devenir un tournant démocratique ou une fracture durable au regard de la longévité du pouvoir en place et de la sagesse incarnée d’un chef d’état qui est le plus âgé au monde. Dans tous les cas, elle restera gravée comme l’un des épisodes les plus sensibles de l’histoire politique contemporaine du Cameroun.