Ce 12 octobre 2025, plus de 8 millions d’électeurs camerounais ont été appelés aux urnes pour élire leur président dans un climat politique tendu par endroits et chargé d’incertitudes. À 92 ans, le président sortant Paul Biya, au pouvoir depuis 43 ans, brigue un huitième mandat, suscitant à la fois admiration et exaspération dans l’opinion publique.
Revenu récemment d’un court séjour en Europe, Paul Biya a lancé une campagne éclair, concentrée sur des régions stratégiques où il a été sur le terrain comme Maroua dans l’Extrême-Nord et annoncé à Monatélé dans la Lékié, un département politiquement bouillant en faveur au parti au pouvoir. Ces zones, longtemps considérées comme des bastions imprenables du RDPC, ont vu émerger des candidatures dissidentes, notamment celles de Issa Tchiroma Bakary ancien ministre désormais passés à l’opposition dont la côte de popularité a relativement grimpé en l’absence de Maurice Kamto.
Une opposition dispersée face aux enjeux géopolitiques et de souveraineté
Les douze candidats en lice, dont Cabral Libii, Joshua Osih, et Hermine Patricia Tomaïno Ndam Njoya, la seule femme en compétition, Bello Bouba Maïgari, Issa Tchiroma Bakary, n’ont pas réussi à se mettre ensemble derrière une candidature unique et consensuelle d’une opposition qui espère capitaliser sur la lassitude d’une partie de la population face à la longévité du régime Biya pour créer la surprise.
Au-delà du scrutin, le Cameroun est au cœur d’un débat plus large sur la souveraineté économique et politique. Des voix s’élèvent contre l’influence persistante de la France, accusée de maintenir une forme de néocolonialisme à travers le franc CFA et des accords économiques jugés déséquilibrés, malgré le non renouvellement des accords coloniaux arrivés à expiration le 26 Décembre 2019. Le gouvernement camerounais, de son côté, multiplie les signaux d’émancipation, notamment en explorant des alternatives monétaires et des partenariats plus diversifiés.
L’issue de cette élection pourrait redéfinir les équilibres politiques internes, mais aussi les relations extérieures du Cameroun. Entre désir de changement, poids de l’histoire, et enjeux économiques cruciaux, le pays est à un tournant. Quelle que soit l’issue du scrutin, la voix du peuple camerounais s’est exprimée dans un contexte où chaque vote compte plus que jamais.
Éric Moïse NKOUANDOU M.