À l’heure où le Cameroun célèbre la soixantième édition de la fête de sa jeunesse, le contraste entre les promesses présidentielles et la réalité du quotidien est saisissant. Dans un pays où chaque secteur d’activité ploie sous le poids des difficultés, du chômage endémique, de la corruption persistante malgré la multitude de structures de lutte contre ce cancer social, de la défaillance ou l’insuffisance des structures de proximité, la jeunesse censée incarner l’avenir, se retrouve désorientée, dépravée et en déphasage avec les grands enjeux mondiaux. Le discours présidentiel de ce 10 Février 2026, saturé de promesses comme à l’accoutumée, apparaît comme un discours de trop face à une génération qui s’effrite, s’expatrie en réclamant à cris assourdissants plus d’actes concrets que de discours politiques. Après la manifestation du malaise profond à l’issue de la récente élection présidentielle, on s’attadait à plus de réactivité.
Dans un monde où les enjeux globaux se redéfinissent autour du développement de chaque État avec la préservation des intérêts stratégiques de chacun, la jeunesse camerounaise au regard de la dépravation aggravée des mœurs,semble naviguer à contre courant, mettant en pointillé l’avenir immédiat de ce pays. Connectée sur les réseaux sociaux mais déconnectée des réalités productives de développement, cette jeunesse qui semble abandonnée à elle même, livrée à la drogue, à l’alcool avec les bars qui pullulent dans tous les coins et recoins du pays, est entièrement consommatrice de tout ce qui vient d’ailleurs, compromettant ainsi toutes initiatives visant à encourager un essor économique endogène. Les difficultés pour quelques uns qui ont essayé sans quelques réseaux que ce soient, étant énormes et parfois insupportables. Le chômage massif, l’absence de perspectives professionnelles techniques, et la tentation de l’exil alimente un sentiment d’errance. Cette génération censée incarner l’avenir,se retrouve piégée dans une spirale de désenchantement et de dépravation sociale, malgré les projets présentés pompeusement avec pour seuls objectifs, la célébration politique de quelques administratifs incompétents ayant bénéficié depuis mathusalem des décrets leur offrant quelques privilèges matériels et pécuniaires puisés de la sueur du pauvre contribuable sans cesse acculé.
Une gouvernance obsolète ?
La gouvernance au Cameroun reste très marquée par une inertie qui contraste avec la rapidité des mutations mondiales. Les institutions peinent à se reformer, les politiques publiques manquent de cohérence et les secteurs clés comme l’éducation, la santé, l’agriculture, l’industrie, sont minés par la corruption et le manque de vision stratégique, au regard des différents rapports présentés depuis plusieurs années par la CONAC (Commission Nationale Anti-corruption), la Chambre des Comptes et de l’INS (Institut National de la Statistique). La classe politique dirigeante très vieillissante et figée, semble déconnectée des réelles aspirations de la jeunesse. Jours après jours, le fossé se creuse entre dirigeants et citoyens, nourrissant un sentiment profond de haine qui se manifeste au quotidien par endroits dans plusieurs zones du pays par une violence manifeste et non voilée.
Face aux avancées techniques, technologiques dans les domaines les plus pointus dans le monde, face aux bouleversements stratégiques et géostratégiques, le Cameroun qui accuse déjà un retard criard dans son développement par rapport à l’horizon d’émergence fixée à 2035, ne peut plus se contenter de simples discours politiques. La jeunesse qui représente la majorité de la population a besoin de réformes structurelles tangibles, des opportunités réelles basées sur le mérite, une gouvernance transparente, objective et responsable. Elle a surtout besoin, en toute responsabilité, qu’après avoir rendu de loyaux services à la nation, que la classe vieillissante sache transmettre le flambeau pour l’assurance de la continuité. Le visage actuel de la gouvernance camerounaise reste un record et une curiosité mondiale.
Éric Moïse NKOUANDOU M.