Libreville, 22 août 2025 – C’est une page qui se tourne dans le secteur du transport maritime gabonais. Moins de deux ans après la signature d’une convention ambitieuse de concession, l’État gabonais et la société EBOMAF Gabon ont décidé, d’un commun accord, de mettre un terme à leur partenariat. Un projet qui, malgré ses promesses, n’a jamais véritablement décollé, plombé par des obstacles administratifs, juridiques et fonciers.
Une convention pleine d’espoirs, mais jamais mise en œuvre
Signée le 23 février 2024, la Convention de Concession portait sur la modernisation et l’exploitation des services de transport maritime au Gabon. Elle visait notamment à réhabiliter les quais, les hangars et les infrastructures portuaires, avec l’objectif de relancer un secteur stratégique pour l’économie nationale. Mais l’entrée en vigueur du contrat dépendait de plusieurs conditions suspensives, toutes à la charge de l’État gabonais. Parmi elles :
- La mise à disposition effective des sites d’exploitation ;
- Le financement d’un plan social pour la Compagnie Nationale de Navigation Intérieure et Internationale (CNNII) ;
- La présentation d’un plan d’aménagement des infrastructures portuaires.
Aucune de ces obligations n’a été remplie, empêchant le projet d’avancer et fragilisant dès le départ le partenariat.
EBOMAF avait pourtant commencé à investir
Malgré ce contexte défavorable, EBOMAF Gabon avait engagé des actions concrètes en vue du démarrage de ses activités. La société avait :
- Acquis plusieurs navires déjà présents dans les eaux territoriales ;
- Financé des études techniques préliminaires ;
- Préfinancé les premiers travaux de réhabilitation ;
- Versé trois mois de salaires aux employés de la CNNII ;
- Organisé des missions à l’étranger pour valider le matériel technique.
Un procès-verbal signé le 5 février 2025 avait même entériné le transfert de la gestion des services maritimes de la CNNII vers EBOMAF, témoignant de l’engagement de la société à concrétiser le projet.
Un projet miné par des obstacles juridiques et fonciers
Mais très vite, de nouveaux freins sont apparus. EBOMAF a découvert que plusieurs terrains stratégiques du périmètre concédé, notamment sur le site ACAE, étaient immatriculés au nom de particuliers. Une situation rendant juridiquement impossible tout investissement ou construction sur ces emprises foncières. Face à cette insécurité juridique persistante, EBOMAF a proposé de mettre fin à la Convention, constatant la nullité du contrat en vertu de son article 43.
Une rupture officielle, dans le respect des règles
Le divorce a été acté à l’amiable entre les deux parties. La résiliation officielle met fin à une convention qui avait pourtant suscité de réels espoirs pour la relance du transport maritime au Gabon. Pour EBOMAF, c’est une sortie propre, sans contentieux, mais marquée par une perte sèche d’investissements.
Et maintenant, quelle stratégie pour le Gabon ?
La fin de cette convention soulève une question cruciale : quelle stratégie l’État gabonais compte-t-il désormais adopter pour moderniser son secteur maritime ? Alors que le pays cherche à diversifier son économie et améliorer la logistique nationale, l’échec de ce partenariat met en lumière les blocages structurels qui freinent les investissements privés.
Un nouveau cadre juridique, une clarification du foncier, et une meilleure gouvernance des projets d’infrastructure semblent désormais incontournables si le Gabon veut véritablement tourner la page et relancer efficacement son secteur maritime.
Joseph Keurtys MABIMBA, Libreville – Gabon