Le Dimanche 12 Octobre 2025, les Camerounais se sont manifestés à travers les urnes et le candidat Paul BIYA a été réélu et officiellement déclaré vainqueur de l’élection présidentielle par le Conseil Constitutionnel pour un nouveau mandat de sept ans avec 53,66 % des voix. Sa prestation de serment prévue pour le 6 Novembre intervient dans un climat de mécontentement généralisé, marqué par une crise post-électorale aux conséquences sociales et politiques préoccupantes. Ce contexte impose une introspection nationale, une refonte profonde des mécanismes de gouvernance et surtout des décisions fortes pour mettre à l’écart tous ces bureaucrates dont l’incompétence caractérisée durant le précédent septennat aura maintenu la grande partie des camerounais dans une précarité indescriptible alors que le pays dispose des ressources naturelles diversifiées et un potentiel humain dynamique capable de porter à bras le corps son développement.
Placé sous le prisme de grandes réalisations, le récent septennat du Président BIYA s’est avéré au regard des résultats sur le terrain être un septennat de grandes désillusions marqué par une inefficacité administrative infestée par une corruption devenue pandémie. De nombreux grands chantiers d’infrastructures importantes dont les premières pierres ont été posées n’ont jamais été inaugurés. Pire encore, d’énormes sommes d’argent supplémentaires ont été sollicitées et débloquées sans que les résultats concrets ne suivent sur le terrain. Ces multiples infrastructures inachevées ont été classées parmi les plus chères en Afrique. Durant cette même période de 2018 à 2025, plusieurs administrations ont montré des signes de défaillance chronique marquée par des lenteurs bureaucratiques, l’absence des résultats tangibles et une gestion opaque des ressources publiques. Ces ministres, directeurs généraux, PCA irresponsables portés vers l’exhibition des avoirs matériels, ont pourtant été maintenus en poste malgré leur incompétence. Leur impopularité et leur inefficacité ont été lourdement sanctionnées dans les urnes, battus dans leurs propres fiefs électoraux. Ce rejet populaire est un signal clair : la légitimité politique ne peut plus se fonder sur une pseudo loyauté partisane, mais sur la performance et l’intégrité.
Une pression fiscale insoutenable d’une part et des privilèges exorbitants injustifiés d’autres part
La population camerounaise endure une pression fiscale croissante sans contrepartie visible en terme de services publics. Pendant ce temps, certains hauts responsables bénéficient d’avantages exorbitants, financés par les contribuables. Cette injustice sociale alimente des frustrations multiformes et mine la confiance dans les institutions républicaines. Pour ce nouveau septennat qui est le dernier pour le Président BIYA qui a la plus grande expérience en tant que très haut fonctionnaire et Chef d’État en Afrique, des réformes indispensables pour restaurer la confiance auprès du peuple appauvri sont un impératif. Ces réformes structurelles vont permettre au président élu d’écrire une nouvelle page en effaçant celle du laxisme et du manque de pragmatisme décisionnel. Ainsi il sera impératif de :
- Réduire le portefeuille gouvernemental en cumulant les ministères qui se chevauchent et en supprimant les ministres délégués. Leurs rôles sur le développement des administrations auxquelles ils sont rattachés n’ont eu aucun impact concret sur les populations. Cette suppression permettra de faire des économies en orientant la masse financière qui entretenait ces incompétences vers des réalisations sociales plus concrètes.
- Initier l’audit des administrations publiques, identifier les secteurs défaillants et de la mauvaise gouvernance.
- Sanctionner les dirigeants incompétents, les responsables battus aux élections dans leurs bases doivent être remplacés par des profils compétents et intègres.
- Prendre toutes les mesures conférées par la loi pour l’application des dispositions prévues par l’article 66 de la Constitution afin d’instituer une certaine rectitude morale lors de l’exercice de hautes fonctions administratives.
- Mettre fin aux récompenses politiques, les nominations doivent se baser sur le mérite et non sur une soit-disante fidélité au parti.
- Réduire les privilèges en supprimant certains avantages accordés aux hauts fonctionnaires pour les aligner sur les réalités économiques du pays.
- Rendre la décentralisation effective en redonnant du pouvoir aux collectivités locales pour une gouvernance de proximité palpable et plus efficace.
- Mettre sur pied un système d’évaluation périodique qui obligerait chaque responsable à justifier ses actions avec des exigences de résultats palpables.
Le Président de la République en tant que garant de l’unité nationale et chef de l’exécutif, doit tirer les leçons du rejet populaire qui s’est manifesté sur le résultat définitif de l’élection présidentielle et initier une rupture avec les pratiques du passé. La stabilité du Cameroun dépend désormais de sa capacité à écouter son peuple, à apporter des réformes en profondeur et à promouvoir une gouvernance fondée sur la transparence, la compétence et la justice sociale. Les erreurs du septennat précédent ne pourront plus être admises dans un monde en mouvement dans lequel certains pays africains assument leur souveraineté pour un développement réel marqué en premier par l’amélioration des conditions de vie des populations. Seuls les actes forts pour l’intérêt général et non les promesses permettront au Président Paul BIYA de clôturer son long passage à la tête de l’État en lettre d’Or.
Éric Moïse NKOUANDOU M.