Réunis à New York pour la 80e session de l’Assemblée Générale, les dirigeants du monde multiplient les appels à la paix, au développement et aux droits humains. Mais derrière les discours officiels, la réalité des crises persistantes, guerres, tensions géopolitiques et fractures économiques interroge la capacité de l’ONU à incarner pleinement sa mission fondatrice.
Le rendez-vous annuel et symbolique réuni près de 193 états petits et grands depuis 1945 dans une Assemblée Générale des Nations Unies où les voix et les aspirations auraient dû refléter l’esprit de la Charte des Nations Unies qui codifie les grands principes de coopération et de relations internationales respectueuses et équitables entre les peuples. Cependant ces valeurs inscrites dans la charte se heurtent à des limites évidentes devenues un jeu géopolitique malsain pour les plus puissants qui s’illustrent davantage par des discours prononcés à New York pendant que la réalité orchestrée sur le terrain est loin des paroles articulées du haut de ce perchoir international. L’ Assemblée Générale des Nations Unies apparaît plus comme une vitrine diplomatique exhibitionniste, qu’un espace de décisions pertinentes pour l’amélioration réelles des conditions de vies des milliards d’habitants de la planète. La marginalisation et le mépris des plus grands pays occidentaux envers les plus petits ne se dissimule plus, mais s’affiche dans les attitudes et les réalités de terrain. C’est pourquoi un nouveau son de cloche a résonné pour établir un équilibre menacé. Un nouvel axe de pensées et d’orientations bien emmené par la Chine, la Russie, l’Inde , l’Afrique du Sud, l’Iran et les autres permet de croire que le respect qui se veut mutuel sera imposé à tous.
Le paradoxe du Conseil de sécurité
Le cœur de la contradiction réside dans le rôle des certains membres permanents du Conseil de sécurité, États-Unis, France, Royaume-Unis, censés garantir la paix mondiale, ils sont parmi les principaux acteurs de conflits et de rivalités stratégiques. Leur droit de veto paralyse régulièrement les résolutions les plus urgentes, qu’il s’agisse de la guerre en Ukraine, du conflit à Gaza, de la Syrie ou encore des crises africaines. Cette situation nourrit l’image d’une ONU « à deux vitesses » : un espace de parole pour les uns, un instrument de blocage, de domination structurelle permanente pour les autres.
L’urgence d’une réforme institutionnelle dépassée par l’évolution des états et la réalité des peuples
A la 80e session qui représente les 80 ans d’une institution qui se trouve à la croisée des chemins, L’Assemblée Générale des Nations Unies ne peut plus se contenter d’être une scène exclusive de discours annuels déconnectés des réalités du terrain. Plusieurs pistes de réformes sont régulièrement proposées par les pays en voie de développement soucieux du respect de leur souveraineté :
- L’élargissement du Conseil de Sécurité pour refléter les équilibres géopolitiques actuels en intégrant notamment l’Afrique, l’Inde et le Brésil ;
- Renforcer le rôle de l’Assemblée Générale en donnant un poids plus contraignant à ses résolutions;
- Instaurer des mécanismes de suivi rigoureux afin que les engagements pris à New-York ne soient plus détournés uniquement à l’avantage des grandes puissances occidentales ;
Sans une telle réinvention basique qui répond aux aspirations de la majorité, l’ONU court le risque de s’enfermer éternellement dans une routine cérémonielle, incapable de répondre aux urgences du monde réel. Ce qui fragiliserait son existence sur le long terme avec des pays qui pourraient se retirer pour se concentrer sur de nouveaux blocs où les intérêts et les aspirations sont garantis au respect de tous.
L’ONU reste un miroir des contradictions de notre époque : indispensable par son universalité, mais fragilisée par l’hypocrisie de ses garants. La 80e session qui se tient à New York illustre une fois de plus ce décalage entre discours officiels et réalités de crises à travers le monde. La question n’est plus de savoir si l’ONU doit exister, mais si elle peut encore peser sur l’histoire au-delà des mots, pour apporter des solutions concrètes aux problèmes dont la planète est confrontée.
Éric Moïse NKOUANDOU M.