Après plusieurs siècles d’exploitation illégale des œuvres pillées à l’Afrique, le Sénat français a enfin adopté à l’unanimité une loi facilitant la restitution des biens appartenant aux fils d’un continent longtemps considéré comme le plus pauvre et le plus endetté au monde. Une loi cadre qui vise à simplifier le retour des œuvres des collections nationales au cas par cas. Mais au delà du bourdonnement politiquement correct, même si les pressions deviennent forte, une question demeure: La France est-elle prête à cesser de joueur à la super puissance donneuse de leçons et d’affronter enfin son passé colonial pour que justice soit rendue aux peuples spoliés?
L’adoption à l’unanimité de cette loi au Sénat, malgré sa venue tardive, marque une étape symbolique dans la longue bataille pour la restitution des biens culturels des africains pillés pendant longtemps. Des sculptures, masques, manuscrits et objets sacrés aux valeurs inestimables, arrachés aux peuples lors des expéditions coloniales, dorment depuis des décennies dans les musées français tout produisant énormément d’argent au seul profit de la France. Leur présence dans les vitrines de grandes institutions culturelles occidentales est devenue le symbole d’une mémoire douloureuse et d’une injustice persistante, doublée d’une arnaque historique qui fait des pays africains, les pays les plus endettés alors que la réelle dette est celle du sang versé par des voleurs venus s’accaparés des biens, des terres et des hommes sur des vastes territoires qui ne leur appartenaient pas.
Une réparation attendue par l’Afrique
Pour des milliers d’africains humiliés et spoliés depuis longtemps à travers plusieurs pays, cette loi est perçue comme tardive au regard du laxisme ou d’une certaine complicité affichée par la quasi totalité des dirigeants africains qui n’ont presque jamais pris faits et causes pour la restitution de la mémoire culturelle africaine autrefois violée. Les biens à restituer ne sont pas de simples objets, mais des biens matériels qui incarnent l’ identité, la mémoire et la spiritualité des peuples. Leur restitution représente un premier pas vers la reconnaissance des crimes de toutes natures commis pendant la colonisation. Les gouvernements africains ont le devoir d’unifier leurs actions revendicatrices pour que la France comprenne une bonne fois pour toute qu’il s’agit de la restauration de la dignité humaine autrefois violée. Au delà des aspects juridiques et diplomatiques, cette loi interroge la capacité de la France à assumer son passé colonial au regard de l’arrogance maladroite affichée par les autorités politiques françaises. Restituer ce qui ne leur appartient pas et qui a contribué à leur enrichissement permettra à ces pays coloniaux d’avouer des mensonges longtemps dissimulés dans des programmes supposés d’aide au développement pourtant la richesse générée par ces biens ont été accumulées et exploitées au détriment des légitimes propriétaires. Cette richesse culturelle appartenant à l’Afrique ne peut plus continuer à bénéficier aux pilleurs à travers des vitrines illuminées.
L’adoption de cette loi peut être considérée comme un premier pas vers une victoire symbolique tardive. La restitution des biens culturels africains sera un test grandeur nature de la sincérité de la France dans son engagement à réparer les injustices d’un passé sanglant et douloureux. Les peuples africains, eux attendent avec impatience que les promesses se traduisent en retours concrets, pour que leur héritage retrouve enfin la terre de leurs ancêtres.
Éric Moïse NKOUANDOU M.