La mine de fer de Grand Zambi à Bipindi a franchit une nouvelle étape avec la visite du Directeur Général du Port Autonome de Kribi, Patrice MELOM, ce 17 janvier 2025. L’exploitation, menée par G-Stones sous la direction de Dieudonné BOUGNE, PDG de BOCOM, dispose déjà d’un stock impressionnant de 500.000 m³ de minerais bruts et prévoit de débuter ses exportations en juin via le Port de Kribi partenaire stratégique à travers lequel cette richesse naturelle essentielle à l’industrialisation future du pays prendra éhontement le large à l’état brut.
Bien que cette initiative soit présentée comme une avancée économique majeure pour la région du Sud et le pays, elle soulève des questions cruciales sur la stratégie de développement industriel du Cameroun qui reste une véritable fiction, actionnée dans une virtuelle réalité uniquement lors des multiples séminaires, colloques et autres conférences budgétisés à coups de dizaine voir centaine de millions de francs CFA. L’accent mis sur l’exportation du minerai brut de fer, représente une opportunité manquée de développement économique local qui hypothèque malheureusement l’émergence projettée à l’horizon 2035.
Aspects économiques approfondis et enjeux stratégiques
Au-delà de la simple extraction, la transformation locale du minerai de fer pourrait générer une chaîne de valeur complète. Une usine sidérurgique permettrait de produire de l’acier, matériau essentiel pour le secteur de la construction et des infrastructures au Cameroun et dans toute l’Afrique centrale. Cette production locale réduirait la dépendance aux importations d’acier, souvent coûteuses, et pourrait même positionner le Cameroun comme exportateur régional de produits finis avec un impact social conséquent et immédiat. La création d’une industrie de transformation générerait un écosystème économique complet : des emplois directs dans l’usine, mais aussi des emplois indirects dans la maintenance industrielle, la logistique, et les services associés. Cette dynamique favoriserait le développement des compétences locales et la création d’écoles de formation technique spécialisées.

La valeur ajoutée perdue avec l’exportation de minerai brut prive le Cameroun d’importantes retombées économiques qui pourraient être générées par la transformation locale. Ce modèle d’exportation de matières premières brutes perpétue un schéma économique colonial où l’Afrique demeure fournisseur de matières premières plutôt que producteur de biens manufacturés. Si le Port de Kribi se félicite de cette activité qui renforcera son trafic maritime, la vraie question est de savoir si cette stratégie d’exportation brute sert véritablement les intérêts de développement à long terme du Cameroun. La construction annoncée d’un terminal minéralier pourrait être complétée par des infrastructures de transformation, créant ainsi un véritable pôle industriel intégré plutôt qu’un simple point d’exportation. Cette situation illustre le besoin urgent de repenser les modèles de développement économique en privilégiant la transformation locale des ressources naturelles, conformément aux objectifs d’industrialisation du pays.
Dans un contexte mondial de tensions sur les chaînes d’approvisionnement, la maîtrise de la transformation des matières premières devient un enjeu de souveraineté économique. Le Cameroun, en se limitant à l’exportation brute, manque l’opportunité de se positionner comme un acteur industriel majeur dans la sous-région. L’expérience d’autres pays miniers comme l’Afrique du Sud ou le Botswana montre qu’une politique de transformation locale des minerais peut significativement contribuer au développement industriel. Le projet de Grand Zambi pourrait servir de catalyseur pour une nouvelle politique industrielle ambitieuse.